Synthèse quant à la situation actuelle du développement de sites et d’interfaces web dits “mobiles”

Face à la popularité grandissante du “mobile” dans le paysage de l’Internet, la junior entreprise Synerg’heTIC a lancé l’an passé, un groupe de travail chargé d’assurer une veille continue sur les différents thèmes du “web mobile”, afin de répondre du mieux que possible aux besoins croissants des entreprises.
Un récent sondage au sein d’une des promotions d’HETIC a montré que de nombreux élèves souhaitaient participer à des projets liés à l’Internet mobile.
L’un d’entre eux, Laurent Bracquart fait aujourd’hui le point sur la partie “interfaces” du sujet.
Intéressé par ce nouveau terrain de jeu qui s’offre à nous, j’ai rédigé il y a quelques semaines une synthèse quant au développement de sites et d’interfaces dits “mobiles”. Cette synthèse met en relief certains points cruciaux dont on parle peu - ou pas - chez les professionnels du Web français, encore sous l’emprise de l’effet de mode.
Le Web mobile (et, par extension, l’Internet mobile) est naissant, et part pour le moment dans “tous les sens”. Cette fiche est une synthèse des problématiques et des bonnes pratiques constatées à ce jour quant au développement d’interfaces adaptées à ce nouveau média. La lecture de ce document permettra au lecteur d’appréhender l’extrême complexité et le nombre de données à prendre en compte pour se lancer dans l’aventure en connaissance de cause.
En bref, l’Internet mobile, c’est…
4 contraintes majeures
- La largeur de l’écran, limitée par exemple à 480px ou 320px sur l’iPhone d’Apple.
- La taille de l’outil de pointage : Il est envisageable que l’outil “doigt” se démocratise progressivement.
- La linéarisation de la page, dans le cas d’un affichage en mode Web dit “non classique”.
- L’absence de “vrai” haut-débit, contrairement à ce qu’annoncent les sirènes du marketing.
Plusieurs types de Web mobile, plus ou moins populaires
- Le WAP
- L’i-mode et son langage de balisage spécifique, le i-HTML.
- Le Web en mode linéaire : Les contenus s’affichent selon l’ordre d’écriture dans le code HTML.
- Le Web accessible via des terminaux récents du type iPhone ou HTC Hero.
Différents navigateurs
- Navigateurs textes.
- Navigateurs vocaux, utilisant le haut-parleur intégré.
- Navigateurs sans styles.
- Navigateurs adaptés aux mobiles du type Opera Mini.
- Navigateurs dits “classiques” (iPhone).
Des approches à réinventer
- Techniques.
- Ergonomiques.
- Éditoriales.
- Graphiques.
L’approche actuelle : une régression ?
Dernièrement, on a pu voir fleurir sur le Web de nombreuses versions de sites estampillées “version iPhone”. Une mode.
Cette approche, bien que de plus en plus répandue, est une aberration à long terme et témoigne d’un manque de compréhension des problématiques d’accessibilité majeures de la part des acteurs du Web français. Elle laisse de côté les autres smartphones et met à mal les efforts de standardisation du W3C. Techniquement, elle nous fait revenir à l’époque de la balkanisation du Web, celle où chaque site digne de ce nom proposait à la fois une version Netscape et une version Internet Explorer.
Pour autant, elle bouscule les conventions. Par ce simple fait, elle est donc appréciable et permettra à terme de définir de nouvelles conventions plus évoluées et adaptées.
Afin de doser le propos et de prendre du recul, deux liens intéressants :
- “En conclusion, avec le web mobile, et aussi le web des objets, nous sommes certainement assez loin de l’application unique et standardisée, mais ce ne sont pas les mêmes métiers qui interviennent : l’éditeur conçoit et fournit le contenu, l’agence web le met en forme pour le PC de bureau, et les développeurs d’applications reprennent les flux pour les widgetiser en fonction du support.”, Eric Dupin (http://www.presse-citron.net/les-app-stores-vont-ils-tuer-lespoir-dun-standard-unique)
- “A moins que j’ai oublié quelque chose, le choix de développer un version spécifique non pas à une famille d’usages, mais à un agent-utilisateur spécifique comme l’iPhone est un méchant retour en arrière.“, Elie Sloïm (http://list.accessiweb.org/pipermail/accessibilite-numerique_list.accessiweb.org/2007-November/001566.html)
Le document de référence
Les ”Mobile Web Best Practices” de la MWI (Mobile Web Initiative), groupe de travail du W3C chargé de développer des standards pour l’Internet mobile.
Ce document a été publié dans sa version finale en Juillet 2008. Contrairement à beaucoup d’autres recommandations issues des groupes de travail du W3C, celui-ci est clair, concis et pragmatique. Sa lecture est cruciale avant de se lancer dans ce type de projet.
Les bonnes pratiques majeures
- Le Web mobile, c’est surtout une problématique d’accessibilité. C’est principalement en raison de la méconnaissance des professionnels du Web quant à cette problématique que le Web mobile cherche sa voie. Le W3C conseille à ce propos la lecture des ”Web Content Accessibility Guidelines 2.0” de la WAI (Web Accessibility Initiative). Pour autant, ce document est relativement imbuvable, voire totalement inadapté pour certains. Une bonne chose est alors d’écouter les utilisateurs et de privilégier le bon sens.
- Supprimer le préfixe “www” et raccourcir les noms de domaines permet de faciliter l’accès au service via un périphérique mobile.
- L’importance des attributs ”width” et ”height” sur les balises <img /> qui évitent au serveur de parcourir à nouveau la page.
- Minimiser le nombre de balises HTML.
- Intégrer selon les normes XHTML Basic 1.1 et CSS 2.1.
- Encoder en UTF-8.
- Ne pas utiliser de JavaScript.
- Développer un unique site, quelle que soit la plate-forme cible.
Les problématiques majeures
- Le problème des styles CSS livrés au type de média “handheld“, qui ne sont en réalité que très peu interprétés par les périphériques mobiles. La cause ? Un choix marketing : la peur que les acteurs du Web fournissent une version dégradée peu attractive aux consommateurs mobiles (et donc le flop marketing engendré).
- La question du contenu : doit-on donner les mêmes informations lors d’une navigation via un périphérique mobile ?
- Les usagers de l’Internet mobile l’utilisent souvent pour rechercher une information précise (horaires, adresse, etc.), contrairement aux utilisateurs non-nomades, qui naviguent principalement au gré des liens.
- Le problème actuel du coût de la navigation (bande passante, abonnements, etc.).
- Que privilégier entre un scroll ou une pagination ?
- La problématique du nombre de périphériques et logiciels à tester : envisageable pour le Web non nomade, totalement farfelue pour le Web mobile et ses milliers de périphériques différents.
- La problématique de l’endurance de la batterie.
- Comment gérer efficacement les messages d’erreurs et de confirmation ?
Les ouvertures
- Les raccourcis clavier prendront avec le mobile tout leur sens s’ils arrivent à s’imposer.
- L’utilisation de la voix pour naviguer (car oui, il ne faut pas oublier que les périphériques mobiles sont avant tout des téléphones).
- L’exploitation des données de géolocalisation.
Pour aller plus loin…
- S’il y a bien une annexe à lire : Une excellente synthèse des problématiques liées au Web mobile aujourd’hui, par l’AWT (Agence Wallonne des Télécommunications).
- Une mine : une liste quasi exhaustive des périphériques mobiles permettant l’accès au Web, accompagnée de caractéristiques détaillées (type d’OS, largeur écran, etc.)…
- …fruit de la plus importante communauté indépendant orientée développement mobile au monde : http://mobiforge.com.
- Voir aussi les autres services liés aux deux liens ci-dessus.
- Présentation des bonnes pratiques du Web mobile par la MWI à Polytech’Nice-Sophia.
- A lire et voir : Une réflexion intéressante avec une vidéo percutante de 2 minutes en bas de page.
Note
- “Web mobile” est une appellation souvent erronée car on l’utilise souvent pour parler des services annexes au Web : messagerie, téléphonie, etc. L’ensemble de ces services (Web compris) forment l’Internet mobile.
Synthèse rédigée par Laurent Bracquart

[...] This post was mentioned on Twitter by Synerg’heTiC and Benoit Vidal, Jérémy Gallemard. Jérémy Gallemard said: RT @synerghetic: [Blog] Synthèse sur la situation actuelle du développement de sites et interfaces web dits “mobiles” : http://bit.ly/16UrG9 [...]
Merci Laurent pour cette analyse détaillée et argumentée.
Il semble effectivement que l’émergence de l’internet mobile provoque les mêmes questionnements qu’aux débuts de l’internet “classique”. Chaque éditeur souhaite imposer son standard en se moquant pas mal de toutes les “contraintes” d’accessibilité, qui n’en seraient plus si tout le monde les respectaient.
Quel navigateur mobile deviendra le boulet craint par tous les intégrateurs, à l’image d’Internet Explorer 6 aujourd’hui ? On se le demande !
[...] http://blog.synerghetic.net/2009/10/23/synthese-developpement-interface-internet-mobile/ a few seconds ago from IdentiFox [...]
Pour information l’article cité en référence pour le coté imbuvable de wcag 2.0 est complètement daté. Il portait sur une version de travail des wcag 2.0 qui a été très largement modifié depuis, donc même si on peut toujours les trouver imbuvable ce n’est pas sur cet article qu’il faut se baser.
Et pourtant, malgré ces superlatifs… Ne serait-ce pas aller bien vite en besogne que d’éliminer d’un revers de manche l’article de Joe Clark, aussi daté soit-il ?
Je pense que si : son article reste avant tout un article de fond qui jouit à mes yeux d’une certaine légitimité encore aujourd’hui.
Mais avant ça, grâce à ton commentaire, un bref rappel du contexte qui viendra compléter ma synthèse qui ne faisait pas mention des dates à ce niveau. L’article a été publié mi-2006 sur “A List Apart” et s’appuie sur ce qui était alors la version de travail des WCAG 2.0, qui n’a atteint le statut de recommandation qu’en fin 2008.
Reste que même si cet article est antérieur à la recommandation officielle, même si le ton employé par Joe Clark y est volontairement acide et provocateur, cet article reste d’actualité à l’aube de l’ère mobile où de nouveaux venus vont comprendre que l’accessibilité n’est pas seulement une contrainte mais aussi et surtout un besoin qu’il faudra étudier et apprendre à gérer. Joe Clark y exprime notamment un ras-le-bol face au caractère inaccessible (un comble !) des WCAG 2.0 pour un lecteur novice, ainsi qu’à leur approche beaucoup trop globale et abstraite. Son point de vue s’applique encore - au moins en partie - à la version finale du document : “[...] Since the Understanding document is more than double the size of what it purports to explain, this itself may indicate a problem with WCAG 2.”
Mais ne digressons pas, là n’est ni la place ni la question.
Mon but est ici d’inciter les personnes qui ont été découragées par les WCAG 2.0 à se plonger malgré tout dans l’étude des MWBP 1.0 avant de se lancer dans l’aventure mobile : le caractère accessible et clair des MWBP 1.0 tranche radicalement avec la longue expédition qu’implique la lecture des lignes souvent équivoques des WCAG 2.0. Même si le W3C conseille bien sûr - à juste titre - la lecture complémentaire de ces dernières pour ce qui est des recommandations globales d’accessibilité.
Sans rentrer dans un débat de fond stérile donc, voici pourquoi j’ai trouvé, et continue à trouver, légitime de lier le document de Clark à cette étude, tout en soulignant les efforts des groupes de travail du W3C visant à renforcer la clarté de leurs publications, comme c’est le cas avec les MWBP 1.0. “To Hell with WCAG 2″ participe à mon sens à la compréhension des problématiques énoncées dans cette synthèse et aidera le lecteur à se forger une opinion. Tout comme ton commentaire, et je l’espère le mien.
[...] Une synthèse, pleine de ressources, sur le développement de l’Internet Mobile. [...]