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20 janvier 2012 - 03h01

Pourquoi le web s’oppose à la SOPA ?

Depuis le 18 janvier, le web s’agite autour d’un terme : « SOPA ». La SOPA (Stop Online Piracy Act) est une « proposition de loi proposée à la Chambre des représentants des Etats-Unis le 26 octobre 2011 par le représentant républicain Lamar Smith. Ce projet de loi vise à élargir les capacités d’application du droit d’auteur et des ayant-droits pour lutter contre sa violation en ligne et les contrefaçons » (Wikipedia). Cela signifie que les majors, producteurs (Universal, Warners, …) ont plus de facilité à faire condamner les personnes ou organisations ne respectant pas la propriété intellectuelle.

26 octobre 2011

La proposition de loi « SOPA » est donc proposée par Lamar Smith ce qui entraîne un premier mouvement de protestation. Les géants du web (Google, Twitter, Facebok, Yahoo ou encore eBay) expriment leur opposition par des communiqués, mais aussi par une page publicitaire dans le New York Times.

Du 26 octobre 2011 au 18 janvier 2012

Après cette première protestation contre la SOPA, un calme a pu se faire ressentir, même si des acteurs comme GoDaddy ont fait parler d’eux. En effet, après avoir apporté son soutien à ce projet de loi, GoDaddy a vu une partie de ses utilisateurs partir, 80.000 au total. L’entreprise a alors changé de position et décidé de lutter contre la SOPA. Même si GoDaddy est peu connu en France, il est aux Etats-Unis le plus gros hébergeur et le plus gros fournisseur de noms de domaine. Il est tellement important, qu’il peut se permettre de faire de la pub lors du Superbowl. Sa position initiale de supporter la SOPA a donc porté atteinte à son image.

18 janvier 2012

Ce jour eut lieu un débat au congrès américain concernant la SOPA afin que les représentants puissent choisir d’établir cette loi ou non. En parallèle, les géants du web cités plus haut, mais aussi des sites comme Wikipedia ou WordPress ont réaffirmé leur protestation, directement sur leur page d’accueil. Tandis que Google masquait son logo et affichait un petit lien, des sites comme Wikipedia ou WordPress ont été plus expéditifs : ils ont tout simplement bloqué l’accès à leur site en affichant un message expliquant ce qu’est la SOPA. Cela avait pour but principal d’informer le public, pas forcément au courant, des dangers de cette loi, mais aussi de montrer qu’ils sont prêts à perdre un jour de business pour préserver leur liberté.

La liste des images et des sites ayant agi comme tel est disponible ici.

19 janvier 2012

Après ce premier débat sur la SOPA, car il y en aura probablement d’autres, le FBI a décidé d’agir. Ils ont bloqué à la source les serveurs de Megaupload. Je précise car actuellement, les gouvernements bloquaient les noms de domaine, mais on pouvait toujours avoir accès aux sites via un proxy ou un autre nom de domaine. En bloquant les serveurs, rien ne peut être fait rapidement pour remettre le site en ligne. C’est à ce moment là que pourrait naître la première guerre mondiale digitale.

« World War Web »

Moins d’une heure après la fermeture de Megaupload, un groupe d’hacktivistes se faisant discret a ressurgi : les Anonymous. En effet, ce groupe a commencé à attaquer certains sites gouvernementaux américains ou d’ayant-droits avec des attaques DDoS afin de les mettre tout simplement hors-ligne. Cela s’est accéléré grâce au support de personnes ayant installé un logiciel, du nom de LOIC, permettant de lancer ces attaques en quelques clics. Une heure plus tard, plusieurs sites étaient alors « down », hors ligne :

- http://www.justice.gov
- http://www.universalmusic.com
- http://www.riaa.org : Recording Industry Association of America
- http://www.mpaa.org : Motion Picture Association of America
- http://www.hadopi.fr
- http://www.wmg.com : Warner Music Group
- http://www.elysee.fr : redirigé sur un site mirroir
- http://www.copyright.gov

Sur les différents comptes Twitter d’Anonymous, on pouvait voir que les sites de la Maison Blanche ou du FBI étaient visés et qu’ils ne tarderaient pas à tomber. Ce groupe a aussi réalisé une vidéo de revendication afin d’exprimer leurs revendications.

A l’heure où je rédige l’article (1h43), le site du FBI vient de tomber (http://www.fbi.gov).

La nuit risque d’être très longue, pour nous qui devons suivre l’évolution de cette opposition, mais aussi pour les agents du gouvernement chargés de la sécurité des sites …

Un fait intéressant supplémentaire est que Twitter aurait bloqué le hashtag « #opMegaupload » dans la liste des hashtags les plus utilisés sur le moment. Cela ne signifie pas forcément que Twitter soutient la SOPA, mais juste qu’ils n’adhèrent peut-être pas aux méthodes utilisées par les Anonymous.

20 Janvier 2012

Après cette première vague d’attaque, le groupe des Anonymous prend une petite pause afin de se reposer. Mais ils ont tout de même indiqué qu’ils n’en resteraient pas là. Les activités vont donc reprendre ce soir, voire même aujourd’hui !

Une chose assez étonnante s’est aussi produite cette nuit. Nicolas Sarkozy a annoncé vers 2/3 heures du matin qu’il soutenait les mesures mises en place, et qu’il invite Hadopi à « étudier rapidement l’utilité de compléter notre législation par de nouvelles dispositions ».

La guerre est fait une pause

A 17h30, Lamar Smith, le représentant républicain ayant proposé la SOPA a indiqué qu’il souhaitait mettre en suspens ce projet, suite aux attaques qui ont suivi l’annonce et qui ont fait tomber de nombreux sites gouvernementaux. Il a aussi exprimé son souhait d’ouvrir une discussion avec les personnes compétentes afin de trouver une solution viable qui permettrait aux ayant-droits comme aux internautes de s’y retrouver. (Source)

Pourquoi cette guerre ?

Si vous suiviez l’actualité, vous savez déjà ce qui est dit au dessus. C’en est un résumé par date. Ce qu’il faut se demander, c’est en quoi ces actions sont biens, ou pas.

Tout d’abord, sur Internet existe un principe fondamental : la neutralité du Net. Cette dernière garantit l’égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet et exclut toute discrimination à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur un réseau. D’après ce principe, on devrait pouvoir publier n’importe quoi sans interdictions.

Et la SOPA dans tout cela ? Cette dernière permet donc de sanctionner des entités si elles ne respectent pas la propriété intellectuelle. On l’a vu avec Megaupload : le site a été fermé sans même qu’une discussion n’ait eu lieu, et son fondateur a été arrêté. Dans le même principe, Youtube pourrait être fermé, bien que son système de tri soit très efficace, car quelques vidéos illégales arrivent à passer. Ou Google pourrait même fermer car il indexe des pages permettant d’avoir accès à ces contenus illégaux. Cette loi permet aussi de demander aux FAI ou sites comme Facebook et Google l’accès à certaines données personnelles lorsque des doutes sont émis envers une personne ou une entreprise.

Cela revient au final à de la censure, ce qui est contraire au principe de neutralité du Net. Cela est aussi contraire au principe de liberté d’expression, qui est une liberté fondamentale incluse dans les droits de l’Homme (article 19). Cela représente aussi un danger pour nos données personnelles qui pourront être consultées beaucoup plus facilement par le gouvernement américain.

Le lobbying des ayant-droits

Un autre problème que la SOPA soulève concerne la qualité des compétences de nos dirigeants. Les personnes au gouvernements ont très souvent plus de 40 ans, et fait des études de commerce ou de sciences politiques. Or ce sont ces mêmes personnes qui décident de ce qu’on peut faire ou pas sur Internet, sans même savoir ce qu’est Internet ! Ces personnes ont alors subi le lobby des ayant-droits, principalement américains. Ces entreprises, gagnant beaucoup d’argent avant l’arrivée d’Internet ont vu leur profits diminuer drastiquement depuis, à cause du téléchargement illégal.

Parrallèlement à ce lobbying, les artistes travaillant pour ces ayant-droits proposent de plus en plus de télécharger leurs titres gratuitement, jusqu’à participer à une vidéo en faveur de Megaupload.
http://www.youtube.com/watch?v=Y8aUCnyKH2U&feature=youtu.be

Les ayant-droits attaquent donc des sociétés mettant à disposition le contenu intellectuel produit par leurs artistes, qui mettent eux-mêmes ce contenu en téléchargement gratuit …

Il faudrait donc que les personnes du gouvernement régulant Internet soient des personnes ayant un minimum de connaissances, et que les ayant-droits réfléchissent un tant soit peu à la situation dans laquelle ils sont. Avant même d’entamer ce processus, qui peut être assez long et complexe, une solution existe. Les géants du Web seraient très heureux de participer à des débats quant à la liberté sur Internet. Cela a déjà commencé avec l’entrée au gouvernement d’Obama de Mark Zuckerberg, en tant que conseiller en communication. Cette collaboration ne pourrait être que bénéfique !

Et pour le futur ?

Entre le temps où l’article aura été terminé, puis relu, puis publié, de nombreuses choses se seront passées. Une question qu’il faut se poser à plus long terme et qui pourrait avoir des conséquences désastreuses ou fantastiques est : les gouvernementaux vont-ils écouter les lobbyistes, qui sont les ayant-droits, ou bien les utilisateurs d’Internet se battant pour leurs libertés ? Dans le premier cas, cela pourrait entraîner une série d’arrestations qui ne ferait qu’envenimer les choses. Dans le second cas, cela permettrait à tout le monde de s’y retrouver, et de changer les mentalités en prenant en compte l’Internet, ce qui n’est pas encore fait chez la plupart des gens.

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Msarri
Billet publié par Msarri
dans Actualités

Gollem

24 janvier 2012 à 16 h 52 min

Attention de ne pas mélanger SOPA et la fermeture de megaupload…
Attention aussi avec le discours « c’est internet on fait ce qu’on veut » c’est idiot et dangereux. Megaupload propose-t-il du contenu illégal ? oui. Fait-il en sorte qu’il disparaisse ? non. C’est tout… c’est arrivé à Napster et ça arrivera à d’autres, même à piratebay. Il y aura toujours des alternatives, t’inquiètes pas. On est dirigé par des « plus de 40 ans » venant d’études de commerce ou de sciences politiques et quand je te lis je me dis que tant mieux :)

Msarri

24 janvier 2012 à 17 h 28 min

Il n’y a ici aucune confusion entre SOPA et la fermeture de Megaupload. Ce sont deux choses distinctes, mais qui rentrent dans un même problème : une mauvaise approche des problèmes liés au téléchargement illégal.
Mégaupload ne doit pas disparaître. Il ne devrait pas non plus continuer à proposer du contenu illégal, dans le cas où les ayant-droits décident d’avancer avec leur société et de se baser sur un business model comme Deezer ou Spotify qui fonctionnent pourtant très bien !
Ca arrivera bien sûr à d’autres entreprises, mais ce qui est idiot, c’est que d’autres faisant exactement la même chose apparaissent ensuite. C’est le meilleur exemple pour montrer que ça ne sert à rien !
C’est bien qu’il y en ait, pour connaître les lois et les juridictions. Mais s’ils ne connaissent pas le domaine où les appliquer ça ne sert à rien. Il faut juste des discussions comme dit à la fin de mon article, et cela amènera à une solution certaine ! :)

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