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Le 19 janvier 2009 à 08h01 par Clément Simon

Spotify : ça bouge dans la musique en ligne

Logo Spotify

Spotify, une nouvelle application permettant d’écouter légalement de la musique en ligne, a suscité ces dernières semaines un engouement sans précédent. Il est vrai que le service semble très prometteur. Qu’en est-il vraiment ?

La relève de Deezer ?

Un certain nombre de critiques s’élèvent depuis peu contre le leader du streaming de musique, Deezer : branding déroutant du player et excès publicitaires, plus de lecture continue des titres d’une recherche, qualité audio moyenne voire mauvaise… Alors que le service (français lui-aussi) Jiwa commençait à gratter des parts de marché, l’arrivée de Spotify change la donne.

Une fois votre compte créé, il vous faut télécharger l’application, qui tourne pour l’instant sous Windows et Mac OS X. Au premier coup d’œil, c’est assez plaisant. Cela fait beaucoup penser à Songbird, sans le navigateur web ni la possibilité de lire les morceaux stockés localement. L’interface s’avère ergonomique et agréable à utiliser. Le logiciel suggère intelligemment de la musique,  avec une pertinence loin de Last.fm mais prometteuse. Mais le plus impressionnant réside dans la rapidité avec laquelle l’application charge la musique ainsi que la qualité audio de celle-ci. Le service est pour l’instant disponible uniquement en Europe : Royaume Uni, Suède, Finlande, Norvège, Espagne et France. Le catalogue est bien fourni, grâce à plusieurs accords passés avec les majors. Il s’avère cependant pour l’instant inférieur à ce que peut proposer Deezer. Notons aussi la puissance du moteur de recherche, qui permet par exemple de rechercher toute la musique d’un style donné sur une période donnée (spotify:search:genre:rap+year:1980-1990).
Le partage de playlists et de titres est géré par des liens HTTP ou des URI spécifiques. Plusieurs services de partage de playlists ont déjà vu le jour. Enfin, soulignons la fonctionnalité phare qui ravira les aficionados de la musique en ligne : la possibilité de scrobbler sur Last.fm.

Une application cliente pour contrer des services web ?

Le pari est risqué à l’heure où les services web se développent de plus en plus et que les progrès technologiques permettent de concevoir des applications entièrement en ligne. Tentons de justifier ce choix. Il est d’abord technologique, puisque Spotify utilise en partie le peer-to-peer, en plus des serveurs de la société. Enfin, le confort d’utilisation par rapport aux players full-flash est bien supérieur et suffit à lui seul à le justifier. Pour continuer à  exister, Spotify devra néanmoins continuer son portage, pour s’adapter aux mobiles et contrer la future application iPhone/iPod Touch de Deezer.
Au passage, il est intéressant de constater que le lead developer est
un ancien de l’équipe de uTorrent, Ludvig Strigeus.

Un double business model

Le modèle introduit par Spotify est nouveau : un service de base gratuit financé par des spots publicitaires insérés dans les flux audio ou bien un accès illimité sans publicité : pendant 24 h pour 0,99 € ou en abonnement mensuel pour 9,99 € par mois. Exit donc le tout-gratuit supporté exclusivement par la pub. Il est malgré tout fort probable que Spotify trouve sa clientèle. Certains services web populaires (Flickr, Remember the milk, Assembla) le montrent avec leurs versions premium : l’utilisateur est prêt à payer pour un service performant.
Il n’y a pas de publicité pour l’instant pour les adeptes du gratuit, mais cela ne saurait tarder.

Alors que se tient en ce moment à Cannes la grande messe annuelle de l’industrie musicale, le Midem, les majors continuent de passer à côté et l’ambiance chez les industriels est morose. 2008 a été l’année du développement des services de musique en ligne ainsi que des initiatives de Nine Inch Nails et de Radiohead. 2009 sera l’année de la fin des DRM et probablement de l’avènement de certains modèles de diffusion. Il est probable que Spotify fasse partie du paysage.

Le 27 novembre 2007 à 22h11 par Etienne Maujean

“Sarkoliviennes” où le mythe de la souris dans un seau de lait

Nous connaissons tous cette vieille histoire de la souris qui se débat tellement dans son seau de lait qu’elle finit par le transformer en beurre et s’en tire saine et sauve. L’accord gouvernemental issu de la mission Ovennes, comme une énième tentative de lutte contre le piratage me fait croire que l’Elysée poursuit ce rêve.

De quoi on parle ?

Plutôt que de vous retracer l’historique de cet accord, du rapport du patron de la fnac jusqu’à la déclaration de Sarkozy, je préfère citer quelques confrères, qui parlent du sujet avec plus de talent que moi.

Denis Olivennes, patron de la Fnac

En premier lieu, cet article d’Estelle Dumout de ZDNet.fr permet de bien comprendre le contexte. Les acteurs et politiques sont loin d’être unanimes et on peut se demander si cet accord n’est pas un nouvel aveux devant la pression des industriels et un acte calculé dans la politique du tout répressif de notre gouvernement.

[...] l’Adami, qui représente les artistes interprètes et qui n’a pas signé le texte : elle « regrette que les organisations représentant les consommateurs et le public n’aient pas fait partie des négociateurs de cet accord, alors que l’efficacité des dispositifs destinés à lutter contre la gratuité dépend aussi du consentement du public et donc, de son adhésion aux objectifs poursuivis ». Par ailleurs, elle déplore que sa proposition, qui consiste à augmenter la part du prix de la musique effectivement reversée aux artistes n’ait pas été retenue.

Une complexité juridique prévisible

« [...] le rapport renoue avec le fantasme d’une police du Net dévouée aux majors. En proposant qu’une nouvelle autorité administrative soit chargée de faire résilier les abonnements au réseau, il dessaisit la justice » Christian Paul, député (PS) de la Nièvre

Au delà de la démagogie affichée, cet accord pose également des problèmes juridiques qui ne manqueront pas de provoquer moult recours en justice.

Illustration justice

« Ce transfert des pouvoirs du juge à une autorité administrative revient à créer une véritable juridiction d’exception pour les téléchargeurs et va à l’encontre du principe d’égalité devant la loi » les députés UMP Marc Le Fur et Alain Suguenot au journal Les Echos.

Le débat n’avance pas, toujours la même démagogie

L’UFC-Que Choisir a fait connaître son désaccord face à cet accord interprofessionnel (l’union de consommateurs n’ayant pas été consultée avant la signature de l’accord).

Je vous recommande également l’excellent billet d’Alexandre Delaigue qui par une habile analogie explique clairement ce que tout le monde pense tout bas : en quoi la répression contre le téléchargement pirate est une peine perdue illusoire devant la révolution économique nécessaire de l’industrie culturelle.

Enfin, c’est peut être Alexis Mons, qui par son pragmatisme habituel apporte un début de conclusion à ce débat qui est pourtant loin d’être clos.

Dans cette affaire on paye l’absence de débat sur le numérique aux dernières élections. Comme si la France seule dans son coin allait changer quelque chose à un changement mondial et radical d’économie de la culture qui, paradoxalement place la relation artistes-public au coeur. Alors vous me direz que c’est un mauvais film, que la lumière va finir par se rallumer, celle qui consiste à prendre conscience que la culture n’est en rien détruite, que ce n’est pas l’économie de la culture qui est remise en cause, c’est le modèle ancien de l’économie de la culture qui meurt et qui sera remplacé par celui que des artistes comme Prince, Radiohead ou Manu Chao ici, des services comme Deezer ou Jamendo sont en train d’inventer. Et que l’on ne vienne pas me parler de pirates, il ne manque pas d’études pour montrer que c’est marginal [...]. Alexis Mons sur le blog du Groupe Reflect.