“Sarkoliviennes” où le mythe de la souris dans un seau de lait
Nous connaissons tous cette vieille histoire de la souris qui se débat tellement dans son seau de lait qu’elle finit par le transformer en beurre et s’en tire saine et sauve. L’accord gouvernemental issu de la mission Ovennes, comme une énième tentative de lutte contre le piratage me fait croire que l’Elysée poursuit ce rêve.
De quoi on parle ?
Plutôt que de vous retracer l’historique de cet accord, du rapport du patron de la fnac jusqu’à la déclaration de Sarkozy, je préfère citer quelques confrères, qui parlent du sujet avec plus de talent que moi.

En premier lieu, cet article d’Estelle Dumout de ZDNet.fr permet de bien comprendre le contexte. Les acteurs et politiques sont loin d’être unanimes et on peut se demander si cet accord n’est pas un nouvel aveux devant la pression des industriels et un acte calculé dans la politique du tout répressif de notre gouvernement.
[...] l’Adami, qui représente les artistes interprètes et qui n’a pas signé le texte : elle « regrette que les organisations représentant les consommateurs et le public n’aient pas fait partie des négociateurs de cet accord, alors que l’efficacité des dispositifs destinés à lutter contre la gratuité dépend aussi du consentement du public et donc, de son adhésion aux objectifs poursuivis ». Par ailleurs, elle déplore que sa proposition, qui consiste à augmenter la part du prix de la musique effectivement reversée aux artistes n’ait pas été retenue.
Une complexité juridique prévisible
« [...] le rapport renoue avec le fantasme d’une police du Net dévouée aux majors. En proposant qu’une nouvelle autorité administrative soit chargée de faire résilier les abonnements au réseau, il dessaisit la justice » Christian Paul, député (PS) de la Nièvre
Au delà de la démagogie affichée, cet accord pose également des problèmes juridiques qui ne manqueront pas de provoquer moult recours en justice.

« Ce transfert des pouvoirs du juge à une autorité administrative revient à créer une véritable juridiction d’exception pour les téléchargeurs et va à l’encontre du principe d’égalité devant la loi » les députés UMP Marc Le Fur et Alain Suguenot au journal Les Echos.
Le débat n’avance pas, toujours la même démagogie
L’UFC-Que Choisir a fait connaître son désaccord face à cet accord interprofessionnel (l’union de consommateurs n’ayant pas été consultée avant la signature de l’accord).
Je vous recommande également l’excellent billet d’Alexandre Delaigue qui par une habile analogie explique clairement ce que tout le monde pense tout bas : en quoi la répression contre le téléchargement pirate est une peine perdue illusoire devant la révolution économique nécessaire de l’industrie culturelle.
Enfin, c’est peut être Alexis Mons, qui par son pragmatisme habituel apporte un début de conclusion à ce débat qui est pourtant loin d’être clos.
Dans cette affaire on paye l’absence de débat sur le numérique aux dernières élections. Comme si la France seule dans son coin allait changer quelque chose à un changement mondial et radical d’économie de la culture qui, paradoxalement place la relation artistes-public au coeur. Alors vous me direz que c’est un mauvais film, que la lumière va finir par se rallumer, celle qui consiste à prendre conscience que la culture n’est en rien détruite, que ce n’est pas l’économie de la culture qui est remise en cause, c’est le modèle ancien de l’économie de la culture qui meurt et qui sera remplacé par celui que des artistes comme Prince, Radiohead ou Manu Chao ici, des services comme Deezer ou Jamendo sont en train d’inventer. Et que l’on ne vienne pas me parler de pirates, il ne manque pas d’études pour montrer que c’est marginal [...]. Alexis Mons sur le blog du Groupe Reflect.
